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En Écosse, les Bleus à l'ovale de rattrapage

10 février 2018 - 18:08

L’équipe de France se déplace dimanche en Écosse pour la deuxième journée du Tournoi des Six Nations huit jours après sa défaite (13-15) contre l’Irlande en ouverture de la compétition qui nous empêche chaque année de désespérer de l’hiver. Une équipe remaniée, avec les entrées de Dumayrou, Tauleigne, et Bauxis (Gabrillagues, Picamoles et Serin sur le banc), minée par les blessés - Gourdon, Dupont, Jalibert (les 8,9 et 10 en puissance, tout de même) - et retranchée à Marcoussis au Centre national du rugby, son camp de base, où la neige tombait comme des chandelles irlandaises.

A vrai dire, le tournoi, à peine commencé, est déjà plié. La «finale» se joue samedi après-midi à Twickenham entre l’Angleterre et le Pays de Galles. Le vainqueur prendra en tout cas une option sur le stock de victoires nécessaire pour rêver du Graal du rugby européen, le Grand Chelem. Vaincre toutes les autres nations est la seule distinction honorable pour les gentlemen de l’ovale. Le grand chelem est aussi rare qu’un chasse-neige à Marseille, presque aussi rare qu’un ouvreur de classe mondiale en bleu. Le dernier des Français date de 2010 lorsque l’équipe de Thierry Dusautoir, coachée par le valeureux Lièvremont, l’avait emporté lors d’une soirée parisienne glaciale, une époque où, puisqu’on parle d’ouvreur de classe mondiale, Jonny Wilkinson, électrisait encore la foule frissonnante de ses drops au cordeau.

68, un Grand Chelem qui passe par Murrayfield

Le premier Grand Chelem français remonte, lui, sa pente jusqu’en 1968, année des Jeux olympiques de Grenoble, un temps où la Corée et l’Allemagne comptaient encore quatre pays à elles deux. En 68, donc, deux Grand chelems. Celui de Jean-Claude Killy (slalom, descente, slalom géant) et celui des rugbymen menés par Christian Carrère. La première levée de ce monument s’est d’ailleurs jouée dans les brumes de Murrayfield. Les Ecossais sont malicieux, l’année précédente, ils avaient privé les tricolores du chelem, d’un point, à Colombes. Noblesse et politesse obligent, en 68, à Edimbourg, les Français l’emportent, avec Trillo et Maso au centre, les Cambé à la manœuvre et des joueurs venus de La Voulte, du TOEC, de Montauban, Graulhet et Tyrosse ! Si les essais sont signés Duprat et Campaes, l’homme du match, c’est le Landais Jo Rupert qui, d’une élégante cravate stoppa net la foulée alerte de Chisholm, le demi de mêlée écossais à quelques instants du gong final. Ce geste à la samoane, qui lui vaudrait de nos jours l’opprobre et l’exil en Corée du Nord, ne suscita qu’une réprimande virile de l’arbitre. Le malheureux Chisholm, tenta lui-même de passer la pénalité, mais, encore dans les vapes, il loupa les poteaux, tel un ouvreur français en veine moyenne.

Le rebondissement Beauxis

La victoire de 68 en Ecosse déblayait la piste d’envol du Grand Chelem. Victorieux, les tricolores avaient fêté ça en plein printemps à Prague, atomisant, quelques semaines avant les chars russes, une vaillante équipe Tchécoslovaque. On sait à présent que l’anniversaire des cinquante ans du Chelem ne sera pas célébré sur l’air de la marche de Radetzky et sans doute qu’aujourd’hui, les Tchèques poseraient des problèmes à l’équipe de Jacques Brunel. Le retour de Lionel Beauxis tenant lieu de rebondissement scénaristique, voici donc ce buteur providentiel qui joua contre l’Ecosse en 2012 l’un de ses derniers matches en équipe de France. Ce jour-là, entré en fin de partie, il avait tué le match d’un drop, mettant définitivement les chardons ardents à six points des Coqs de Parra et Bonnaire.

Au fond, le tact et le tic du drop est un système de jeu comme un autre et Beauxis est plutôt expert dans le geste, lui qui régala Palois, Parisiens, Toulousains, Bordelais et à présent Lyonnais dans cet exercice de précision. Risquant le rien pour le tout et un chaud-froid fatal, on l’a exfiltré de vacances à la plage, direction Murrayfield via Marcoussis. Sur la glace du blizzard descendu des Highlands, il lui faudra surfer comme une habile pierre de Curling, et surtout, il aura besoin de guiboles de feu, pour accrocher à son panache les chevau-légers des Scottish du néo coach Townsend. Espérons que du sable ne glisse pas de ses pognes face aux poteaux de Murrayfield et qu’il pense à enlever les moufles prêtées par ses camarades. Sinon, ce sera la curée. Ou la Corée.

Par Denis SOULA.

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