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Les origines de l’invention du rugby

28 février 2018 - 17:40

Le style de jeu d’une équipe de rugby est une manière d’exprimer une culture, une éducation, à une époque donnée et dans un lieu précis. De l’origine de son invention dès l’antiquité au rugby professionnel actuel, ses règles et les styles de jeux qui en découlent n’ont cessé d’évoluer.

 

La pratique des jeux de balles remonte aux spartiates qui pratiquaient en Grèce, à Alexandrie et en Sicile un jeu d’équipe autour et à propos d’une balle nommé la phéninde.

 

Les romains n’ont fait que l’adapter pour créer leur propos jeu appelé l’Harpastum. Les récits de l’Antiquité racontent comment dans les garnisons romaines, du temps de César jusqu’à Ausone, de Rome jusqu’à Saintes ou Narbonne, les citoyens et les militaires jouaient au jeu, qui préfigure le mieux notre rugby.

 

Le terrain était un vaste rectangle où les joueurs pouvaient se ceinturer ou se jeter au sol pour conquérir une balle petite et dure, qu’il fallait jeter de l’autre coté d’une ligne défendue par l’équipe adverse.

 

Bien avant l’apport décisif de Thomas Arnold, principal du collège de la cité de Rugby, dans la construction de notre jeu à quinze au XIXè siècle, les jeunes français pratiquaient deux jeux héritiers de l’Harpastum romain : la soule et la barrette.

 

La barette : l’invention de ce jeu  semble remonter à la Révolution. Elle se jouait sur une esplanade délimitée par des lignes de touche et de but. On trouvait au milieu des lignes de but, des poteaux écartés de 3 mètres et hauts de 4 mètres, reliés par une corde à 3 mètres de hauteur.

L’enjeu consistait à envoyer ou à porter la barrette (ballon de forme ovale, vessie de caoutchouc enrobée d’une gaine de cuir) au dessus de la corde ou derrière la ligne, soit en la frappant du pied, soit en la portant avec les mains. C’était très exactement l’ancêtre du rugby dit « à toucher », une version moins violente et plus douce du rugby.

Un rugby que l’on peut plus facilement pratiquer dans les établissements scolaires ou à l’entrainement pour éviter les blessures. La barette était pratiquée en Occitanie dans le Midi de la France, de l’Aquitaine jusqu’au Languedoc, de l’Océan Atlantique jusqu’à la Méditerranée, en poussant jusqu’en Isère le long du Rhône.

 

La soule : appelée aussi sole ou choule en Auvergne, mallader ou mollat dans le Finistère ou le Morbihan, pelote ou éteuf en Normandie, ce jeu se développa sous Louis VII.La pratique de ce jeu était liée à la notion de fécondité, au carnaval et au mardi gras.

Il se jouait entre groupes appartenant à des villages voisins. Il consistait à ramener le ballon en cuir, bourré de son, et pesant 4 kilogrammes (contre les 450 g du ballon de rugby) dans son village.

Tous les coups étaient permis, jusqu’à tuer un adversaire ; ce jeu était une version populaire hyper violente et anarchique du rugby.

 

Deux ancêtres imparfaits du rugby adaptés aux moeurs et à la personnalité des groupes qui y jouaient, du Nord au sud de la France.

 

Thomas Arnold apporta une dimension morale et éthique à ces jeux en établissant, avec ses élèves du collège de Rugby, des règles du jeu et un code de conduite. A partir du jeu trop violent et brutal de la soule et ou du divertissement aseptisé, qui gommait toute notion de combat de la barette, Jack Arnold créa le rugby.

Un sport de combat collectif qui avait désormais pour but d’éduquer les jeunes en leur inculquant les valeurs de partage, de solidarité, de respect et de courage. Rappelons que le mot sport est d’origine française (1828) et vient de l’ancien français « desport, puis déport, amusement, se déporter, s’amuser » .

La légitimation du rugby, comme usage et discipline pédagogique, fut donc le fait d’un prédicateur, Jack Arnold, qui a laissé plus de sermons sur différents thèmes moraux, que de texte sur le sport.

 

La question est alors de savoir comment et pourquoi le rugby a progressivement supplanté en France à la fois la soule, mais aussi la barette. Le rugby aristocratique des collèges et des universités anglaises, « débarqua » au Havre (le HAC est le premier club de rugby français), mais poussa rapidement jusqu’à Paris. Sa diffusion quasi exclusive vers le Midi de la France, donc vers la zone où les français jouaient à la barette, a plusieurs explications :

- L’influence anglaise dans la région bordelaise, qui colporta le rugby dans le milieu universitaire et chez les négociants en vin.

- la diffusion du rugby par des étudiants de Bordeaux vers leurs villes ou villages d’origine dans tout le sud ouest, jusqu’ à Toulouse.

- Le fait que le sud de la France était une région traditionnellement rebelle au pouvoir centralisé et catholique de Paris, ce qui exacerba la lutte qui opposait les instituteurs républicains et laïcs et les prêtres catholiques, à propos de l’éducation physique des enfants.

- Ainsi, les instituteurs (associés aux militaires) choisirent le rugby pour ses valeurs de courage, de combat et de solidarité ; le clergé, traditionnellement plus rétif à la notion de contact physique et charnel entre joueurs, choisit le football et le basket. la formule pourrait être : le rugby aux républicains, le football aux catholiques. 

- Ainsi par exemple, le rugby du sud ouest s’est-il étendu via les réseaux scolaires de Bordeaux vers les campagnes déchristianisées de l’ouest, via Mont de marsan et Dax ; tandis que le football et le basket trouvera un terrain favorable dans le Béarn catholique et au nord des grandes Landes grâce aux patronages catholiques.

- Le développement du rugby en Bretagne et en Normandie, terres de soule et géographiquement très proches de l’Angleterre, fut freiné, c’est un euphémisme, par l’hégémonie catholique de ces régions.

 

Quand on regarde la carte de France réalisée à partir du nombre de licenciés de rugby en 2013, on se rend compte que l’implantation du rugby en France n’a pas changé en 100 ans. Le rugby s’est préférentiellement diffusé dans le Midi de la France, l’Occitanie, et dans le centre.

 

La construction sociale du rugby

 

La structure de la population du rugby est le produit de l’histoire de la discipline. Protestant et aristocratique en Angleterre, le rugby est majoritairement Occitan, républicain et laïc en France.

 

Enseigné et diffusé par les réseaux scolaires, puis dans les écoles de rugby, il rassemble toutes les couches sociales françaises, mais dans des proportions différentes de la population générale. La classification des rugbymen français de première division en 1996-1997 en fonction de leur CSP (Classes socio professionnelles) montre : que le rugby rassemble plus d’artisans et de commerçants, d’agriculteurs et d’employés que la population générale, moins d’ouvriers et de professions intermédiaires et autant de cadres supérieurs.

 

Le différentiel entre le nombre de cadres supérieurs et le nombre d’ouvriers pratiquant le rugby en France, montre que ce sport est ouvert à toutes les couches sociales, contrairement au golf, à la voile, au ski, au tennis ou à la natation, beaucoup plus élitistes ; au moins autant que la plupart des autres sports collectifs, comme le handball, le volleyball, le basket ball ou le hockey.

 

Le football, comme la pétanque, la pêche et la chasse sont les sports pratiqués par les couches les plus populaires de la société.

 

En plus d’être un sport accessible à toutes les catégories socio professionnelles, le rugby a une fonction émancipatrice. Selon une étude menée de 2000 à 2004, après une durée moyenne de 8,3 ans de carrière pro, les rugbymen réussissent massivement leur reconversion professionnelle.

Le différentiel, nombre de cadres supérieurs par rapport au nombre d’ouvriers, passe de 1,37  en cours de carrière rugbystique à 11,9 après leur reconversion. Le rugby sert ainsi d’ascenseur social, comme auparavant l’école. La proportion de cadre supérieurs passe de 16,9 % à 30,9 % ; celle des ouvriers de 12,3 % à 2,6 % !

 

 

Le style de jeu du rugby français

 

Le rugby français est géographiquement occitan , politiquement républicain et laïc et sociologiquement non élitiste.

Il a subi l’influence de la soule bretonne, normande et auvergnate et de la barette du sud de la France.

Il s’est aussi appuyé sur la rigueur des règlements anglais traduits par Pierre de Coubertin, Georges de Saint-Clair ou les frères Dedet.

Il s’est aussi inspiré des maîtres à penser du rugby néo-zélandais des années 1905-1906, qui prônaient déjà un jeu de mouvement permanent dans tout l’espace du terrain.

 

Enfin, la dernière source d’inspiration est galloise par l’intermédiaire de Harry Owen Roe qui conseilla les joueurs bayonnais, inventant le jeu de passe à la manière bayonnaise, avec comme objectif la recherche du surnombre.

 

Bien évidemment, il n’existe pas réellement un seul style de rugby en France. Chaque région, et au sein de chaque région, chaque club, a développé un style qui lui est propre et les initiés reconnaissent dès les premières minutes de match les styles de jeu de l’Aviron Bayonnais ouvrier et du Biarritz aristocratique, de la Tulle ouvrière et de la Brive  bourgeoise, du SBUC étudiant et bourgeois et des damiers du  C A Bégles ouvrier…

 

On peut aussi opposer le rugby universitaire de Toulouse à celui des ouvriers de l’arsenal de Toulon ou de l’usine Michelin de l’ASM ; le jeu d’avant austère des biterrois à la ligne de trois quart du Narbonne de Codorniou et Sangalli ; le jeu lourdais aux all blacks de Bagnères de Bigorre ; les ouvriers du  stadoceste tarbais aux palois du boulevard des Pyrénées.

 

On peut différencier les rugbys des forestiers de saint Vincent de Tyrosse, de celui des forgerons du Boucau, des agriculteurs auscitains, des ouvriers de l’Usine de La voulte ou des tanneurs de Graulhet. Les Grenoblois de Lesdiguères n’ont rien à voir avec les damiers de Romans.

 

A Colombes, les sociétaires du Racing, club chic de la haute bourgeoisie, dont le maillot avait été emprunté au club de Cambridge, étaient tous cooptés et formaient un groupe fermé et élitiste.

 

Pourtant, il existe un trait essentiel et commun à tous ces styles de rugby français : la recherche constante de toutes les ressources possibles de la réglementation. Il y a la règle et l’esprit de la règle. Autrement dit, les français essayent d’exploiter les espaces de liberté réglementaires du rugby.

 

Un rugby français caractérisé par sa spontanéité et sa créativité par rapport au style scientifique et rigoureux des britanniques et au rugby de passe et de mouvement du jeu gallois et néo-zélandais.

 

La professionnalisation du rugby français n’a pas changé la donne. Même si la FFR prône selon les époques un jeu physico-physique à l’anglaise ou un jeu de passe et de mouvement plus technique à la All black, les oukases venant de Paris ont du mal à arriver en Occitanie ! Les cultures des différentes écoles de rugby du sud de la France entretiennent toujours la spécificité du style de jeu du rugby français : le french flair frondeur car occitan, républicain, laïc et non élitiste.

 

Par Frédéric Bonnet : www.rugby-en-melee.com

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