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Parent de rugbyman heureux - Episode 11 - Le tournoi

18 août 2017 - 12:46

Ce samedi, c’est le célèbre tournoi de Lézignan-en-Chalosse, qui porte l’illustre nom de « Challenge Marcel Calestroupat ». Le nom de tournoi rappelle la chevalerie car ce sont bien des chevaliers qui vont s’affronter.

La veille, Léo et sa mère se sont disputés car, en préparant le sac, elle n’a pas trouvé les chaussettes du club. Il les a bien sûr oubliées dans les vestiaires samedi dernier. Affolée, elle a envoyé aux autres parents un mail en forme de S.O.S. Heureusement, la mère de Pierre lui a répondu que son fils était rentré avec 2 paires de chaussettes. Ouf ! Il n’en reste pas moins que Léo ne prend pas soin de ses affaires.

Le matin, son père l’emmène au car. Ils s’arrêtent à la boulangerie pour acheter les sandwiches et deux canettes de soda. Pierre insiste pour avoir aussi une poche de chouquettes, qu’il partagera avec ses potes à midi.

Parce qu’il faut bien comprendre que les potes du rugby n’ont rien à voir avec ses copains du collège. Il trouve ces derniers pas mûrs, un peu gnangnans. Au rugby, ce sont presque des frères. Ils ne se cachent rien, puisque leurs défauts se voient sur le terrain (leurs qualités aussi).

Ils arrivent au car. Tout le monde est là et se salue d’une franche poignée de mains, en commençant par les éducateurs. Le car démarre et le père de Léo les suit en voiture.

Durant le trajet, il se remémore sa propre adolescence et les matches de son adolescence. Qu’est-ce qu’il aimerait lui aussi avoir encore 13 ans ! Pour ne pas sombrer dans la nostalgie, il se récite ce vers de Victor Hugo « le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand ».

Il a mis RMC et écoute les Grandes Gueules du Sport, qui commentent la victoire la veille du XV de France. Son fils ne manifeste qu’un intérêt poli pour les matches internationaux : ceux de son équipe sont beaucoup plus importants. Pour son père aussi, d’ailleurs.

Léo ne le sait pas encore, mais ce tournoi entrera dans sa légende personnelle, il s’en souviendra toujours. Son père, lui, le sait : tous les matches que lui-même a disputés restent gravés dans sa mémoire comme des épopées.

Ils arrivent et les joueurs se dirigent vers les vestiaires. Le père de Léo et les autres parents repèrent les lieux avec 3 objectifs :

1- trouver la buvette
2- savoir quels terrains accueilleront leur équipe
3- identifier les coins pour soulager les vessies

En faisant le tour au milieu des vieux, ils observent les adversaires : il faudra se méfier du 10 bleu et du 15 des jaunes et rouges. La fille des verts a aussi l’air redoutable (car les filles aussi jouent au rugby. Au début, les joueurs sont un peu surpris et n’osent pas trop les plaquer, puis ils sont contents de leur toucher les tétés, enfin ils comprennent qu’elles sont capables de mieux jouer qu’eux).

L’échauffement des nôtres commence : tours de terrain et roulades avant.

La sono grésille, puis effet Larsen, puis plus rien. « …sont attendus sur le terrain 3… » (La sono ne marche jamais et, dans le cas contraire, le speaker a un épouvantable accent qui le rend incompréhensible).

Francis court en claudiquant vers la table des organisateurs (des vieux). Ils jouent contre Lézignan-en-Chalosse sur le terrain 2.

Le père de Léo s’installe sur son siège pliant.

L’arbitre est un jeune vêtu d’un maillot vert sponsorisé par la Poste, ce qui lui vaut le surnom de « le facteur ».

Coup d’envoi. Léo réceptionne le ballon. Passe à Tristan, pilier gauche. Percée d’Abdu. Relais de tartempion qui écarte sur machin. Bidule aplatit.

Cris de joie des parents.

Bon, je ne vais pas vous décrire tout le match, mais juste la fin. Alors qu’on menait 15 à 3, le talonneur de Lézignan, énorme, a chargé. Pierre, notre capitaine-courage, épais comme une porte de solex, l’a plaqué de face. On a entendu un « Crac » et Pierre est resté au sol. Arrêt du temps. Educateurs autour de lui. Secouriste. Pompiers. Evacuation sur civière. Le match a repris. Victoire 18 à 3.

Tous les parents se sont précipités au poste de secours. Le médecin avait diagnostiqué une perte de connaissance momentanée, après avoir appliqué le protocole commotion. Direction l’hôpital. Gyrophare bleu. Sirène.

Deuxième match contre Accous-de-Vassivière. On les connait par cœur, c’est toujours un derby contre eux. Nos joueurs sont enragés, la douleur de l’inquiétude pour leur capitaine les transcende. Victoire 8 à 0.

Les parents appellent le portable de la mère de Pierre, qui est partie dans le camion de pompiers : elle les rassure.

Troisième match contre Tonnay-Saint-Loup. Victoire encore.

L’odeur de merguez cuite parfume le terrain : c’est la fin de la matinée, l’heure de l’apéro.

On s’installe sous les pins, enfants, parents et éducateurs. On partage le Ricard (Jean est représentant chez eux). Patricia, la mère de Jules, nous dit que Pierre sera en observation jusqu’à 16 heures et, si ça va bien, il pourra sortir.

L’atmosphère se détend. Léo demande ce qu’est un protocole commotion. Francis lui explique : « on regarde d’abord s’il est conscient et n’a pas le regard éteint, s’il a des mouvements coordonnés. Puis on lui pose des questions pour savoir s’il n’a pas de pertes de mémoire : où sommes-nous ? Aujourd’hui, c’est quel jour ? Contre qui jouons-nous ? Etc. »

Léo répond : « alors il n’a rien, parce que dans le bus, il croyait qu’on allait à Royan, au lieu de Lézignan-en-Chalosse. Tu sais, il est toujours un peu à l’Ouest, Pierre. »

On rit. Les papas vont à la buvette chercher des saucisses-frites (ils y mettent du ketchup, bien qu’ils interdisent à leur fils d’en avoir à la maison). On partage un peu trop de rouge, allongés sous les pins. Il fait beau. On prend le soleil : on est pas bien, là ?

Les gosses font les cons avec un ballon : ils ont fait trois matches mais ne semblent pas crevés. Le ballon tombe sur les gobelets de café. Tout le monde proteste. Francis confisque la balle. Les enfants se battent à coups de branches mortes. Paix et sérénité.

Philippe et Seb, deux des éducateurs, reviennent de la table des organisateurs avec les classements qui déterminent les poules de l’après-midi.

Bien qu’on ait tout gagné ce matin, nous ne sommes pas dans le tableau final. Ce dernier est composé de Lézignan-en-Chalosse, Lavernose-en-Chalosse, Saillagouse-en-Chalosse et Quimper (l’équipe qui vient de plus loin).

Nous, on joue la cinquième place face à Agen.

L’équipe se réunit en cercle, serrés les uns contre les autres. Ils s’accroupissent puis sautent bras en l’air en criant le nom du club. Leur haka.

Le match débute.

Grosse réception du 8 d’Agen. Ruck, dégagement, passe au centre, exploit de Léo, hors-jeu sifflé.

Touche ratée, percée d’Abdu, maul, libération, hors-jeu sifflé.

Récupération d’Enzo, passe croisée, plaquage, libération, hors-jeu sifflé.

En réalité, l’arbitre est trop gros pour courir et coller au ballon : il est toujours en retard sur les actions et ne voit que les hors-jeu.

Tous les spectateurs commencent à grogner, y compris les parents d’Agen.

Mi-temps.

Les éducateurs encouragent.

Reprise.

Percée du centre d’Agen, qui passe à son arrière, plaquage raté de Thomas. Essai. Ils ne transforment pas.

On engage, on récupère. On alterne entre gros et gazelles. La balle vole. Agen intercepte. Sauvetage de Dylan.

Il reste 30 secondes. Les parents sont à cran. Les sièges pliants ne servent plus depuis longtemps : tout le monde est debout.

Léo pense à Pierre. Il bout intérieurement. Il va marquer pour son capitaine absent.

Il se saisit de la balle sur ses quarante et court. Il est la flèche de Guillaume Tell, le javelot des spartiates, le missile de GTA. Il transperce, ne sent pas les coups, raffute, percute. Un objectif : la ligne d’essai. Elle est à 2 mètres de lui, à sa portée.

Le 6 d’Agen le saisit aux jambes. Léo tombe.

Dans un réflexe, il étend son bras et dépose la balle juste dans l’en-but. Essai.

Tristan, le pilier, transforme.

Fin du match.

Victoire 7 à 5.

Délire dans les tribunes. Parents heureux. Educateurs commentant : « si tu avais redressé ta course plus tôt, tu aurais mieux assuré l’essai ».

Haie d’honneur et applaudissements pour les joueurs d’Agen.

A cet instant arrivent Pierre et sa maman : il est sorti de l’hôpital, tout va bien.

Liesse totale !

Photo de groupe.

Douches interminables et parents à la buvette, refaisant le match. Goûter.

Le chauffeur du car les voit arriver, résigné.

Mais, contrairement à ses attentes, ils ne font pas les imbéciles. Durant le trajet, ils construisent leur légende, refaisant les gestes, mimant les passes, les placages et les essais. L’Iliade, l’épopée napoléonienne et celle d’Alexandre le Grand ne sont rien à côté de ce qu’ils ont fait : ILS ONT BATTU AGEN !

Le père de Léo est allé dans les vestiaires vides et boueux chercher le sweat que son fils a oublié.

Il sait que, ce soir, son fils lui demandera : " tu trouves que j'ai bien joué, papa ? ".

Il répondra : " Oui, tu m'as fait plaisir, je suis fier de toi ... mon fils ... "...

Vous pouvez commander le livre à la librairie de votre quartier. Auteur : Jean-Michel CORMARY.
Editeur : l'Oeil du Cyclope (33460 Arsac)

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